Reportages

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D’eau et de feu!

Que ce soit pour le surf, la natation, le canot, la voile, le ski nautique ou simplement faire trempette, l’eau est partie intégrante de toute expérience can

Par  Suzanne Morphet

Histoire de reposer nos muscles endoloris et de profiter d’un moment de détente en famille, nous nous prélassons dans une cuve thermale remplie d’eau délicieusement chaude. Après avoir affronté, quelques heures durant, sur une planche de surf, les vagues déchaînées de Long Beach, en Colombie-Britannique, sur la côte Ouest canadienne, nous sommes épuisés, courbaturés, mais ô combien ravis!
Des vacances estivales au Canada sans eau? Impensable! Que l’on soit féru de surf, de canot, de kayak, de voile, de ski nautique, de natation ou de simple baignade, l’eau est un élément fondamental de l’expérience canadienne.
C’est pourquoi nous sommes surpris d’entendre deux jeunes touristes suisses s’extasier sur la chance que nous avons. En Suisse, se baigner en pleine nature dans une piscine d’eau thermale relève de la gâterie luxueuse et fort dispendieuse. Pourtant, nous sommes là à nous prélasser dans un ravissant terrain de camping boisé près d’Ucluelet, en Colombie-Britannique, pour 30 $ la nuit. Sans compter qu’une fois notre trempette terminée, nous irons nous réfugier au sauna.
Mais d’abord, je décide d’initier les deux jeunes femmes à une autre expérience des plus canadiennes! « Avez-vous ramassé du bois pour votre feu de camp? », leur demandai-je. Elles me répondent d’un signe de tête. En fait, elles n’en ont jamais allumé. Ma fille de 14 ans est stupéfaite! Un été sans feu de camp, c’est comme un hot-dog sans moutarde ou un s’more sans chocolat.
C’est donc dire qu’elles n’ont probablement jamais eu le plaisir de déguster un hot-dog grillé au-dessus des flammes ou de croquer dans un s’more – diminutif de « some more » (encore un peu), car un seul de ces sandwichs, composés de biscuits Graham d’une guimauve dorée et d’un bout de chocolat, ne suffit pas.
Je réalise alors à quel point nous sommes chanceux de jouir d’une telle abondance. Où que nous soyons dans cette vaste contrée, l’eau et le feu sont toujours à portée de main. Or, ces richesses, nous les tenons pour acquises. En fait, l’été venu, lorsque nous quittons la ville pour le chalet ou le terrain de camping, le plan d’eau et, la plupart du temps, le feu de camp, font systématiquement partie du décor.
Notre passion pour l’eau ne date pas d’hier. La douce bleue est ancrée dans notre code génétique depuis l’époque où les premiers colons, les commerçants en fourrure et leurs guides autochtones plongeaient leurs pagaies dans les innombrables lacs et rivières, certains parmi les plus longs et les plus imposants du monde. D’autres explorateurs se sont appliqués à cartographier le littoral dentelé bordé par les océans Atlantique, Pacifique et Arctique.
Vaste pays axé sur l’eau, le Canada est une immense courtepointe tissée de régions variées, chacune affichant ses propres caractéristiques, reliées par cet élément commun, encodé dans nos cerveaux. L’eau est gravée dans notre psyché collective. Elle nourrit notre imaginaire et nous unit.
Si vous demandez à un Canadien où se trouve son chalet ou son lieu de baignade préféré, il y a de fortes chances pour qu’il vous donne en prime une description détaillée et empreinte d’amour dudit lieu. Ne vous attendez cependant pas à ce qu’il vous révèle le chemin pour vous y rendre : certains trésors riment avec secret national!
Nous aimons jouer avec le feu autant que dans – et autour de – l’eau. Au sein des Scouts et des Guides, nous avons appris à faire des feux de camp pour nous tenir au chaud, cuisiner, lire, chanter et raconter des histoires. Adultes, nous avons continué la tradition, tout en nous rapprochant de notre famille, de nos amis.
Ce soir-là, en tournoyant nos guimauves au-dessus des bûches rougeoyantes et en rigolant de nos exploits sur nos planches de surf, nous nous demandons ce que peuvent bien faire les deux Helvètes rencontrées plus tôt. La nuit est tombée et sans un feu de camp, impossible de passer une soirée amusante en plein air. Nous décidons donc de les inviter à partager le nôtre.
Armées de lampes torches, ma fille Alanna et moi suivons le chemin jusqu’à leur emplacement, niché dans les bois. Il fait noir et tout est silencieux. Il est par contre un peu trop tôt pour être déjà au lit.
« Allô! », lançai-je. « Nous nous sommes rencontrés plus tôt, dans la cuve thermale. Nous nous demandions si vous vouliez vous joindre à nous. Nous avons préparé un feu de camp! »
« Oh, comme c’est gentil, mais nous sommes déjà entortillées dans nos sacs de couchage », répondent-elles en riant.
« Parfait, une autre fois alors », répondis-je
Après leur avoir souhaité une bonne nuit, nous rentrons et reprenons notre soirée où nous l’avons laissée, bien au chaud. Nous vérifions si nos maillots de bain sont secs et mettons d’autres guimauves à griller. Il n’est pas trop tard pour savourer un s’more et pour écouter mon mari nous faire le récit de son enfance dans la région du Grand lac des Esclaves, dans les Territoires du Nord-Ouest. L’eau, là-haut, ne se réchauffe jamais tout à fait, même en plein été, mais on nage tout de même jusqu’à ce que les lèvres bleuissent. Le soir venu, on se raconte des histoires d’ours autour du feu de camp et on mange des s’mores jusqu’à plus soif.

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Photo credit: Victoria Island, Northwest Territories © NWTT/Terry Parker - Image de fond