C’est exactement ça, me dis-je en ouvrant la porte de la chambre 25 du Sooke Harbour House, sur l’île de Vancouver. En pénétrant dans la pièce, je me sens immédiatement envahie d’un sentiment de paix. Tout à fait ce dont j’avais besoin à mi-chemin de ce voyage-marathon.
Je dépose mes sacs et rejoins Joseph et Sinclair Philip, les copropriétaires des lieux, qui sont sur la terrasse. Wow! Je ferme les yeux pour mieux les rouvrir. La hauteur du balcon nous donne l’impression de prendre place sur le pont d’un bateau. Devant nous, les montagnes se jettent dans le détroit de Juan de Fuca. Quelques embarcations, au loin, sillonnent le cours d’eau. Joseph me tire soudainement de ma contemplation.
– Une loutre! Viens voir Marie-Julie!
L’animal traverse le jardin, puis disparaît à travers les fleurs. Maya jubile.
– Loutre! Loutre! répète-t-elle.
On peut dire que l’accueil est réussi.
***
L’invitation de Sinclair Philip, copropriétaire de l’auberge, est tombée à point. À quelques jours de notre arrivée en Colombie-Britannique, nous ne savions toujours pas où nous allions passer les trois dernières journées de notre escapade dans la province. Je m’obstinais à vouloir aller à Tofino, ville canadienne préférée des beach bums, malgré l’affluence monstre de touristes à cette période de l’année. En même temps, je me disais que deux jours à Vancouver, c’était bien court. Puis, le courriel de M. Philip est arrivé. Nous nous sommes donc donné rendez-vous à Swartz Bay, où le traversier en provenance de Vancouver nous a déposés. Moins d’une heure plus tard, nous voici à Sooke.
M. Philip ayant étudié à l’Université Laval et vécu une partie de sa vie en France, il parle la langue de Molière de façon impeccable. C’est d’ailleurs en France qu’il a fait la connaissance de celle qui allait devenir sa femme, Frédérique. L’histoire de l’auberge est intimement liée à celle du couple, comme le raconte Mme Philip dans le magnifique livre The Art of Sooke Harbour House, publié en anglais (en vente à l’auberge). « Sooke Harbour House a été un projet familial depuis 1979, écrit-elle. C’est arrivé comme un conte de fées. J’ai rencontré Sinclair Philip à Nice en 1967, un mois seulement après son arrivée du Canada. Il était, à l’époque, un jeune étudiant qui voyageait pour la première fois à l’étranger pour explorer l’Europe et parfaire son français ». Alors qu’il planifiait de poursuivre son périple en Afrique, il est resté dix ans dans le pays de sa douce. « Pendant ces années-là, nous avons résidé dans un petit village de 400 habitants au bout d’une vallée. Même si nous vivions modestement, nous invitions toujours des amis à la maison pour de longs repas préparés avec des ingrédients de la saison qui provenaient généralement de notre grand potager et des fermes environnantes ». En 1978, ils viennent s’installer à Toronto. Un an plus tard, ils mettent le cap sur la Colombie-Britannique. « Lors d’un voyage d’affaires à Vancouver, Sinclair a découvert Sooke Harbour House. À notre plus grande surprise, nous sommes devenus propriétaires d’une auberge! »
Cette maison, les Philip l’ont aussi habitée. Pendant 16 ans, les quatre enfants du couple se sont promenés du sous-sol à l’étage. Mme Philipe passe alors toutes ses journées et ses soirées à travailler dans la cuisine de l’hôtel. « J’ai la chance d’avoir toujours eu beaucoup d’énergie », dit-elle simplement. Énergique, certes, mais surtout passionnée et chaleureuse. Le genre de femme qu’on a envie d’adopter tout de suite, facile d’approche et prête à se battre bec et ongles pour ses convictions. Pas étonnant que Sooke Harbour House nous donne l’impression d’être chez soi : c’est elle qui s’est occupée de la déco des 28 chambres.
Chaque pièce est unique. Dans la chambre numéro 4, où nous passons notre seconde nuit, une sculpture donne l’impression que l’un des coins est recouvert de branches d’arbres. Des éviers de céramique confectionnés par une artiste locale, Alice McLean, ont trouvé place dans plusieurs chambres, dont la nôtre.
L’art est partout. À l’entrée arrière de l’auberge, des trompettes et une bouilloire auxquelles des ustensiles ont été accrochés accueillent les visiteurs. Dans le jardin, de nombreuses sculptures ont été « plantées » ici et là. La culture amérindienne, très chère aux Philip, occupe aussi une place de choix. Devant la façade qui donne sur le détroit, un totem représente chaque membre de la famille.
Dans la salle à manger, des carapaces de crabes ornent les murs. « C’est moi qui les ai attrapés », raconte M. Philip – un mordu de plongée sous-marine – au cours d’un de ses repas dont nous nous souviendrons longtemps. N’oublions pas non plus les baignoires, qui sont dans les chambres plutôt que dans la salle de bain. Maya, qui faisait des crises monstres au moment de se laver depuis quelque temps, a été tellement charmée par ce détail qu’elle a pris trois bains la même journée!
Ne nous méprenons pas : sous ses allures décontractées, l’hôtel offre un service impeccable. Le restaurant de Sooke Harbour House fait par ailleurs partie des meilleures tables du pays. « Nous servions des plats faits à partir d’ingrédients locaux bien avant que ce ne soit à la mode, précise M. Philip. Par exemple, notre chef, Edward Tuson, fait l’élevage du porc, il a des cerfs et une soixantaine de pommiers avec lesquels on fait un jus exquis ».
Ici, le menu change tous les soirs. Le chef concocte des plats avec les ingrédients de la saison, selon son inspiration du moment. Potage de citrouille rôtie servie avec une compote de pommes et de poire, pétoncles grillés, crème brûlée à la lavande… Tout n’est que pur délice. Un sommelier vous conseille les meilleurs vins (dont plusieurs de la Colombie-Britannique) pour accompagner vos plats. Au moment de notre passage, c’est le Québécois Vincent Lamontagne, au service de l’établissement depuis neuf ans, qui a permis aux néophytes que nous sommes de savourer chacun d’entre eux, sous l’œil aguerri de Sinclair Philip, qui a monté en 25 ans l’une des 77 meilleures cartes de vin au monde (plus de 15 000 bouteilles des quatre coins de la planète!). Quant au petit déjeuner, il est servi dans les chambres.
Malgré la réputation des lieux et les nombreuses œuvres d’art, jamais nous ne sentons que la présence de notre fille dérange qui que ce soit. Au contraire, tout le monde semble prendre plaisir à sa compagnie, malgré ses moments d’indiscipline. Soulignons qu’un service de gardiennage est disponible pour les couples qui souhaitent avoir un repas en tête à tête. Ainsi, Joseph et moi nous sommes régalés tranquillement alors qu’une jeune fille (qui parlait français, précisons-le) jouait avec Maya, nous visitant de temps en temps à la demande de cette dernière.
***
Au fil des ans, le jardin des Philip est devenu une véritable attraction touristique dans la région. Tous les matins à 10 h, il est possible d’en faire le tour. Sa particularité? La grande variété de plantes et de fleurs comestibles. Nous goûtons à quelques-unes d’entre elles, au plus grand plaisir de Maya, qui dit «Miam! Miam!» à chaque bouchée. Nous la retrouvons quelques heures plus tard en train de se servir allègrement, quelques pétales bien collés autour de la bouche… Nous devrons redoubler de vigilance une fois revenus en ville!
Un peu plus tard, nous croisons des mariés venus célébrer leur union à l’auberge. Le cadre enchanteur en a fait un lieu de prédilection pour ce genre d’événements.
Environ 80 personnes sont aujourd’hui à l’emploi de Sooke Harbour House, dont six à huit jardiniers, selon les périodes. « Nous avons vécu et vivons toujours notre rêve », mentionne Frédérique Philip dans son livre. Il en a été de même pour Joseph et moi, qui avons eu l’impression de pénétrer dans l’un de ces lieux quasi-irréels tellement ils sont parfaits. Deux nuits dans ce havre de paix nous ont donné l’impression de revenir d’une semaine de vacances. Malgré le prix plutôt élevé des chambres (de 430 $ à 640 $ la nuit pendant la haute saison), nous nous promettons de revenir bientôt. Avec Maya bien sûr!
L’île de Vancouver
Les +
- La température, qui descend rarement sous zéro, même l’hiver
- La faune et la flore, très riches
Les –
- Les transports en commun sont quasi-inexistants. Le mieux est de se déplacer en voiture… ou en vélo!
- Des ours, des couguars, des loups… On oublie les longues balades à pieds en forêt après la tombée de la nuit!
Saviez-vous que…
…Air Canada propose des vols vers Victoria, Nanaimo et Comox, sur l’île de Vancouver?
…le sol gèle très rarement dans cette région? Ainsi, toute l’année, les Philip utilisent les herbes et les fleurs du jardin de Sooke House Harbour pour concocter leurs délicieux petits plats.
… la carte des vins de Sooke Harbour House a reçu le Grand Award du prestigieux magazine Wine Spectator pendant sept années de suite?
…que Butchart Gardens est reconnu comme lieu historique national du Canada depuis 2004? Le premier jardin a été érigé en 1904 par Jennie Butchart. Aujourd’hui, près d’un million de personnes visitent les lieux chaque année.
…le Musée royal de la Colombie-Britannique, à Victoria, présente de nombreuses expositions pour souligner les 150 ans de la province? Parmi celles-ci, notons War Brides : One-way passage, vouée aux femmes des hommes partis outre-mer.
… le Maritime Museum of British Columbia, aussi à Victoria, propose des expositions tant sur les explorateurs et les forts que sur les pirates?
… l’île de Vancouver est la 11e île au Canada par sa superficie, et la 43e au monde?
… elle est la deuxième place des îles les plus peuplées, après Montréal?
… elle est entourée de détroits (Reine-Charlotte, Johnstone, Georgie et de Juan de Fuca), en plus de s’ouvrir sur le Pacifique à l’ouest?
… l’île est peuplée par des humains depuis environ 8000 ans?
… c’est le capitaine britannique George Vancouver qui a pris le contrôle de l’île, mettant ainsi fin à une dispute avec les Espagnols? C’est la convention de Nootka, signée en 1792, qui a tranché la question. Trois ans plus tôt, près de Yuquot, le capitaine espagnol Estéban José Martinez avait construit le Fort San Miguel, seul repaire de la nation dans le futur Canada.
… il est possible de surfer l’hiver dans les environs de Sooke? Aucune école ne prodigue cependant de cours et il faut posséder son propre équipement, comme le souligne Vincent Lamontagne, mordu de ce sport. Par contre, à Tofino, on peut trouver facilement les deux, peu importe la période de l’année.
Pour plus d’information :
Sooke Harbour House : www.sookeharbourhouse.com
BC Ferries : www.bcferries.com
Tourism Vancouver Island : www.vancouverisland.travel
Victoria Airport : www.victoriaairport.com
Maritime Museum of British Columbia : www.mmbc.bc.ca
Musée royal de la Colombie-Britannique : www.royalbcmuseum.bc.ca
Butch Garden (Victoria) : www.butchartgardens.com
Ce reportage a été réalisé grâce à la précieuse collaboration d’Air Canada (aircanada.ca), de la Commission canadienne du tourisme (www.canada.travel) et de Sooke Harbour House. Mercis particuliers à Sinclair et Frédérique Philip pour leur accueil et leur générosité, et à Lana Kingston, de Tourism Vancouver Island, pour nous avoir mis en contact et pour les précieuses informations prodiguées.