Reportages

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Sur les traces d’Anne… la maison aux pignons verts

Par  Marie-Julie Gagnon

C’est mon amie Julie qui m’a convaincue de lire le premier tome d’Anne… la maison aux pignons verts. Nous avions 13 ans – peut‑être 14? –, je ne sais plus. Ce que je sais par contre, c’est que l’histoire de cette orpheline à la langue bien pendue s’est insinuée en nous pour ne plus jamais nous quitter.

C’est à Anne que je pensais, bien sûr, en m’approchant de Green Gables, à Cavendish, mais aussi à Diana, Gilbert (comment l’oublier celui-là?), Marilla et Matthew, personnages si vivants que je m’attendais presque à les voir surgir au détour du Chemin des amoureux, dans lequel on peut toujours se balader. À mon amie Julie, aussi. Comment deux ados qui se jurent fidélité à la vie, à la mort, à la manière d’Anne et Diana, peuvent-elles ne pas s’être vues depuis tant d’années?

C’est tout cela aussi que je ressassais en regardant la comédie musicale simplement intitulée Anne of Green Gables – The Musical, au Confederation Center of the arts de Charlottetown. « Don't give up all your romance, Anne … », dit Matthew à la rouquine juste avant son dernier souffle. Rester soi-même, malgré le temps qui passe. C’est probablement l’un des éléments qui continue de me toucher dans ce récit traduit en 36 langues.

***

– Des couples se marient ici, à l’endroit même où Lucy Maud Montgomery s’est mariée, raconte Maureen Campbell, copropriétaire du Anne of Green Gables Museum. Surtout des Japonais.

– Des Japonais?!!

J’avais bien entendu parler de l’engouement de ces derniers pour Anne, et croisé quelques cars de touristes nippons lors de la visite de Green Gables et du Village d’Avonlea (conçu pour nous mettre dans l’atmosphère de l’époque d’Anne), mais au point de se MARIER dans le même décor que l’écrivaine?

– Oui! D’ailleurs, nous en avons un ce soir. Je joue la même marche nuptiale qui a été entendue au mariage de Lucy Maud Montgomery, sur le même orgue, dans la même pièce…

Je n’en suis toujours pas revenue.

***

Vol AC 1138, 4 juillet 2008. Il est passé minuit, Maya court partout malgré l’heure tardive et nous nous préparons mentalement à un énième vol mouvementé.

– Nous avons décidé de vous mettre en classe affaires, m’annonce le préposé au moment de l’embarquement.

J’ai failli lui sauter au cou et l’embrasser.

Privilège de journaliste? Chose certaine, nous ne refusons pas ce confort inespéré. Entre Edmonton et Montréal, nous dormons tous les trois, bien calés dans nos larges fauteuils. Air Canada a beau disposer d’un système de divertissement hors pair (je suis complètement accro aux multiples fonctions de l’écran personnel inséré dans le siège du passager de devant – aussi en classe économique! –, qui nous permettent notamment de mettre un film ou une émission sur pause, de l’avancer ou de le reculer) : rien n’aurait pu garder nos yeux ouverts.

Une fois à l’aéroport PET[1] (puis répète… quand on vient de traverser deux fuseaux horaires – et, du coup, perdu deux heures de précieux sommeil! – on a le droit de faire des jokes plates[2]), nous nous perdons dans les dédales qui mènent aux portes d’embarquement. On ne nous appelle pas (un vieux fantasme), mais nous serons les derniers à monter dans l’avion qui nous emmènera à Charlottetown.

Moins d’une heure plus tard, Grant MacRae de Tourism PEI nous accueille. Aujourd’hui au programme : visite du village d’Avonlea, où se tiennent de nombreuses activités pour souligner le 100e anniversaire du célèbre personnage. À notre arrivée, je ne résiste pas : j’entre illico dans la boutique Anne of Green Gables Chocolates, où fudge, bouchées fourrées au caramel et autres chips enrobés de chocolat (je vous jure!) m’invitent à la débauche alimentaire. Puis, mon regard se pose sur des chapeaux de paille auxquels on a attaché des nattes rousses. Ce sera LE souvenir d’Anne que je verrai le plus souvent au cours des prochains jours, tant dans les boutiques que sur la tête des touristes (dont quelques Japonaises – une image qui me fait toujours rire aux éclats, des jours plus tard). Je me fais violence (bon, j’exagère peut-être UN PEU), repose celui que j’avais saisi et achète plutôt quatre petits chocolats au caramel. Plus subtil comme manière d’exprimer mon admiration (Maya approuve mon choix).

Pendant tout l’été, le village d’Avonlea, à Cavendish propose de nombreuses activités : pièce de théâtre, courses de sacs de patates, spectacles musicaux, de magie… Une fermette et une promenade en charrette font naître des sourires sur le visage des enfants les plus récalcitrants. Des acteurs prêtent aussi leurs traits aux personnages imaginés par Lucy Maud Montgomery et se mêlent à la foule, au plus grand plaisir des tout-petits. Idéal pour une journée en famille.

Impossible d’oublier l’orpheline chérie. À l’Île-du-Prince-Édouard, elle est partout! En visitant Charlottetown, je découvre qu’il existe d’autres succursales d’Anne of Green Gables Chocolates. Chez Cows, réputée tant pour sa crème glacée que pour ses t-shirts et gadgets à l’effigie de vaches, je tombe sur une Holstein coiffée de nattes rousses et d’un chapeau de paille. Des boissons et des croustilles Anne sont aussi en vente un peu partout. Surdose? Pas pour les fans en tout cas!

Ces derniers devraient d’ailleurs inscrire absolument à leur agenda une visite au Anne of Green Gables Museum, à Park Corner. C’est dans cette maison où vivaient les cousins chéris de Lucy Maud Montgomery, aujourd’hui propriété de George Campbell, descendant de l’un d’eux, qu’on en apprend le plus sur les vies de femme et d’auteure de cette dernière. Les pièces sont quasi-similaires au début du siècle dernier et de nombreuses photos permettent de mieux imaginer les « personnages réels » qui ont inspiré l’écrivaine.

Alors, je l’appelle ou pas mon amie Julie?

Saviez-vous que…
… c’est parce que le récit de Lucy Maud Montgomery était l’un des rares à être traduit en japonais pendant la guerre qu’il a connu (et connaît toujours) un succès phénoménal au pays du soleil levant? Le caractère extraverti et parfois insolent de l’héroïne, complètement à l’opposé de l’idéal véhiculé par la société nippone, y est aussi pour beaucoup.

… une exposition sur Anne est en cours à Tokyo?

… des timbres à l’effigie de la rouquine ont été mis en vente par Postes Canada pour célébrer le centenaire de sa naissance sur papier?

… environ 50 000 Japonais visiteraient l’Île-du-Prince-Édouard chaque année (selon Wikipédia)?

… un film muet, Anne of Green Gables, a été produit en 1911, et un second portant le même titre (mais parlant), en noir et blanc, en 1934? Plusieurs autres séries, longs-métrages et dessins animés ont vu le jour depuis. L’œuvre la plus populaire reste probablement la série produite dans les années 1980 mettant en vedette Megan Follows, dont le visage reste pour plusieurs celui de l’héroïne.

… la production Anne of Green Gables - The Musical a été vue par plus de deux millions de personnes? La première représentation a eu lieu en 1964. Depuis, elle est présentée tous les étés au Confederation Centre of the Arts, à Charlottetown.

Pour plus d’information :
Air Canada – divertissement à bord : www.aircanada.com
Site officiel de l’Île-du-Prince-Édouard : www.gentleisland.com
Anne 2008 : www.anne2008.com
Avonlea – Village of Anne of Green Gables : www.avonlea.ca
Anne of Green Gables Museum : www.annesociety.org/anne
The Anne of Green Gables Store : www.annestore.ca
Anne of Green Gables Chocolates : www.annechocolates.com
Cows : www.cows.ca

Merci à Air Canada, à la Commission canadienne du tourisme, à Tourism PEI (particulièrement Grant MacRae) et à Julie Gagnon du Montreal Office, grâce à qui ce voyage a été possible.

 

[1] Aéroport Pierre-Elliott-Trudeau (Montréal, Québec)

[2] Jokes plates signifie blagues ennuyeuses

 

 

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