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Donna Morrissey, auteure de la Nouvelle-Écosse, découvre la paix au milieu de la furie du Pacifique à Tofino, en Colombie-Britannique

Récit écrit sur les lieux

Par  Donna Morrissey

La Commission canadienne du tourisme (CCT) a parrainé le vol de Donna Morrissey pour qu’elle se rende à Wickaninnish Inn en mars, dans le cadre du programme Writer Inn Residence à Tofino, en Colombie-Britannique.
 
Le soleil à demi caché derrière de gros nuages noirs se couchait au-dessus des vagues écumantes du Pacifique, près de Tofino, en Colombie-Britannique, quand notre petit hydravion s’est posé sur les eaux. Les plages de sable mouillées brillaient, argentées et surréelles, bordées de hauts cèdres sombres secoués par des vents de plus en plus violents. J’éprouvais un sentiment de malaise, qui me venait plus d’un drame profond tout au fond du cœur que d’un affront de cette majestueuse côte de la Colombie-Britannique.
 
« Il y a une énergie mystique ici », m’a murmuré Alma Lee, mon amie et mon guide. « C’est vrai », a-t-elle ajouté, « ça vient de l’intersection des Lignes Ley – le pouls de la Terre, si vous voulez ».
 
J’ai à peine hoché la tête et j’ai cherché mon pouls, me demandant comment j’allais réussir à faire des lectures et des présentations ici, dans ce terrible désespoir où je me trouvais. Aucun doute : l’élégance rustique de Wickaninnish Inn, sa fine cuisine et ses vins recherchés m’aideraient – tout comme le feraient les sourires des jeunes et charmants employés. Mais j’étais avant tout attirée par la tempête qui menaçait derrière les grandes baies vitrées de l’auberge.
 
Des nuées d’oiseaux au plumage blanc dansaient en bordure de l’océan. Les vagues bouillonnaient sur les rochers. Pendant quelques instants, je me suis laissé envahir par un sentiment de calme.
 
Cette nuit-là, la tempête a éclaté. Les vagues se jetaient sur les rochers qui se dressaient à quelques mètres du balcon de ma chambre, lançant des jets d’écume blanche comme neige contre mes fenêtres. J’ai ouvert les portes coulissantes et j’ai passé la nuit près de l’âtre, emmitouflée bien au chaud dans l’édredon, regardant la tempête gronder de plus en plus fort. Au petit matin, elle faisait rage.
 
Protégée par la tenue imperméable et les bottes que l’hôtel prête à ses invités, je suis partie me promener le long du rivage. Quelques personnes, pareillement vêtues, sont apparues au milieu de la brume poussée par le vent. Avec nos vestes jaunes, nos pantalons bleus, et nos bottes jaunes elles aussi, nous avions l’air d’oiseaux de Wickaninnish. C’était très réconfortant de faire partie de cette bande d’oiseaux. En nous croisant, nous échangions un sourire, un petit signe de la tête.
 
Frank Island se dressait tout près de là, comme un immense bateau échoué, accessible par une mince bande de sable qui sortait des eaux. J’ai grimpé le long de sa coque noire et rugueuse, en m’agrippant aux quelques mousses et arbustes qui s’accrochaient à ses flancs. La pointe de l’île s’avançait, avec ses rochers découpés, perçant l’océan. Des jetées de pierres apparaissaient ici et là, affleurant au milieu des tourbillons d’écume. Je suis restée immobile, contemplant un spectacle qui me semblait être l’aube de la création, la naissance du monde.
 
Les vagues hautes de trois à six mètres se précipitaient contre les rochers, créant de véritables feux d’artifice. Tout au long du rivage, la mer explosait avec furie en gerbes blanches – c’était pure folie, pure magnificence – on aurait dit que le monde entier rendait gloire à l’essence de l’Être.
 
J’en avais le cœur serré. Je me suis demandé quand j’avais cédé pour la dernière fois si complètement à quelque chose d’indicible. Peut-être quand j’étais petite fille et que je courais par simple plaisir de courir, courant si vite que j’en avais les talons qui me frappaient le derrière et que je me disais que bientôt j’aurais les genoux écorchés et le nez en sang. Et cela suffisait pour me pousser à détaler encore plus vite, pour échapper à la gravité.
 
Le poids que je sentais depuis quelques jours sur mes épaules s’était dissipé. J’ai eu l’impression de me détendre, de me laisser aller dans le grand souffle du néant. Et j’ai eu l’impression d’être de plus en plus petite – comme une particule de plancton échouée au sommet d’un rocher, face à un océan où mugissait la tempête. J’ai senti l’air exulter de la puissance qui se manifestait dans la furie du vent et des eaux. Un instant, j’ai pensé que tout cela avait un côté un peu sinistre, tout ce champ grandissant d’énergie autour de moi. Mais non, c’était bien un pouvoir que je sentais – le pouvoir de l’Être, de Dieu et de l’Univers.
 
À ce moment, une vague monstrueuse et menaçante a commencé à rouler vers moi. On aurait dit qu’elle allait inonder tout Frank Island, toute l’auberge, et tout Tofino. Je n’avais pas la moindre envie de courir et de m’échapper – ce serait tellement merveilleux de m’abandonner aux éléments, de vivre au creux de cette puissance et de cette liberté.
 
En rentrant à l’hôtel, j’ai repensé aux difficultés qui m’avaient incitée à aller marcher. Tout cela me paraissait bien mesquin, ce n’était que des pleurnicheries qui n’en valaient pas la peine. Et c’était si bon de les laisser aller. Voilà ce que cette énergie m’avait donné – la possibilité d’un laisser-aller. Tout ne peut pas se résoudre par la pensée. Certaines choses ne peuvent être réglées que par l’émotion, par une immersion dans l’émotion, par un abandon dans l’harmonie de l’Unicité.
Alma Lee m’attendait, sous un grand cèdre au tronc épais, près de l’allée menant à l’auberge. Elle m’a souri. « Oui, mon amie, j’en ai fait l’expérience », lui ai-je dit. « Merci. Merci beaucoup. C’est vraiment un milieu mystique et merveilleux. Beaucoup de lieux le sont – mais celui-ci est un formidable rappel – merci de m’avoir amenée ici ».

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Photo credit: Victoria Island, Northwest Territories © NWTT/Terry Parker - Image de fond