Leur fourrure est pelucheuse, leurs épaules, larges, et leur allure, quasi préhistorique. De loin, ces grosses bêtes ressemblent à des bisons avec leurs longs manteaux sombres et leurs cornes recourbées. Mais, première surprise, ils ne sont pas très grands : ils arrivent à peu près à hauteur de poitrine. Encore plus étonnant : sous leur pelage se cache une couche de duvet somptueux, huit fois plus chaud que la laine et qui permet d’affronter des températures glaciales, jusqu’à -50 °C.
Pas surprenant que le qiviuk, comme l’appellent les Inuvialuits des Territoires du Nord-Ouest, soit l’une des fibres naturelles les plus dispendieuses de la planète au rayon tricots, trois fois plus cher que le cachemire. Ainsi, à Yellowknife, les mitaines faites exclusivement de qiviuk se vendent jusqu’à 250 $ la paire. Le qiviuk est d’autant plus populaire qu’il est rare : le bœuf musqué de l’Arctique ne mue qu’une fois par année, en mai, lorsque la température grimpe et que la toundra se tapisse de touffes de laine brun-gris. On le recueille de la bonne vieille façon, à la main, ce qui peut être qualifié de hautement écologique. Chasseurs-cueilleurs depuis des siècles, les Inuits le ramassent là où il tombe ou le retirent des peaux des bêtes abattues pendant la saison de la chasse. Selon les élus locaux, cette activité se révèle parfaitement viable : les bœufs musqués sont nombreux et bien portants et les chasseurs n’en tuent qu’une fraction chaque année. Les chasseurs inuvialuits de Sachs Harbour, dans l’île Banks, gardent un peu de laine pour leurs familles. Le surplus est expédié au sud de la frontière des Territoires.
Jacques Cartier Clothier, une société albertaine de design doublée d’un manufacturier, achète chaque année cette laine rarissime. Dans sa boutique de Banff, en Alberta (Qiviuk Boutique), les visiteurs ne peuvent s’empêcher de toucher pulls, gilets, foulards et autres tricots douillets fabriqués à partir de cette fibre remarquablement douce et soyeuse. La créatrice de mode new-yorkaise Christina Oxenberg de la maison Oxenberg LLC utilise le qiviuk dans la confection de sa ligne de vêtements, le mariant parfois à d’autres laines rares. Elle a même offert un cardigan exclusif en qiviuk à la reine Elizabeth. Parmi les autres célébrités qui possèdent des vêtements en tricot de bœuf musqué dans leur garde-robe, mentionnons le Dalaï-Lama, le réalisateur Francis Ford Coppola et Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue.
« Personne ne s’aventurera à vous enduire de peinture en aérosol parce que vous portez du qiviuk », note Mme Oxenberg. Argument convaincant s’il en est un! www.qiviuk.com www.oxenbergllc.com www.ffdp.ca