Asseyez-vous sur un banc au Robson Square, au centre-ville de Vancouver , en Colombie-Britannique , et vous sentirez passer en vous un courant zen. Vous êtes pourtant au cœur de l’agitation urbaine, mais vous n’en voyez aucun signe. À l’abri d’une haie de pins, d’érables ornementaux et de bosquets de rhododendrons, vous êtes bercé par le bruissement d’une chute d’eau qui glisse de façon inattendue des toits d’un édifice à bureaux. Ce complexe public, coulé dans un béton nuancé de rose, s’étend sur un vaste secteur du centre-ville couvrant trois quadrilatères pour rejoindre la Galerie d’art de Vancouver à son extrémité nord. Dans cette structure, se trouvent des bureaux et des aménagements publics, une place publique extérieure, un miroir d’eau sur un toit, une montagne artificielle et la seule patinoire extérieure de la ville.
Promenez-vous à l’extrémité sud du complexe, sur les terrasses de béton d’où vous apercevrez le palais de justice provincial, une structure d’acier et d’immenses parois de verre, qui s’élance vers le ciel. Plus d’une acre de verre couvre cet édifice. Avec ce matériau, l’architecte a voulu symboliser la transparence du domaine public, invitant la population à participer au processus judiciaire. L’édifice est un exemple type de la période moderne du design architectural au Canada. Son maître d’œuvre, l’illustre Arthur Erickson, est décédé en mai 2009, dans sa ville natale de Vancouver, à l’âge de 84 ans.
Erickson a imaginé le design de l’ensemble formé par Robson Square, le palais de justice et la galerie d’art, en lui donnant l’aspect d’un gratte-ciel renversé. Son biographe, Nicholas Olsberg, rapporte ce propos de l’architecte : « Ce ne sera pas un monument officiel inaccessible. Couchons-le plutôt sur le côté et laissons les gens marcher dessus. »
Sur place, on perçoit tout à fait l’intention d’Erikson de rendre cet édifice accueillant. Et le talent de l’architecte – qui a su lier intrinsèquement des espaces publics et la nature en définissant leur appartenance à l’environnement – saute aux yeux.
Terri Meyer Boake, professeure agrégée à l’école d’architecture de l’Université Waterloo, en Ontario, cite souvent l’œuvre d’Erickson dans ses cours. « Dans l’histoire de l’architecture canadienne du siècle dernier, Arthur Erickson est le plus célèbre designer de la période moderne au pays et aussi à l’étranger », souligne Terri Meyer Boake.
Mais c’est le maître lui-même qui exprime le mieux sa pensée. « Les grands édifices, ceux qui savent émouvoir, ont toujours été rares, raconte Erickson. Chacun d’eux est unique en son genre, poétique, un produit du cœur empreint de sensibilité; il exprime une vision nouvelle, nous montre la voie et nous rappelle que notre mission est d’inspirer. »
Voici où vous serez inspiré par l’œuvre du légendaire architecte au Canada :
L’Université Simon Fraser (SFU) à Burnaby, en Colombie-Britannique
La carrière d’Erickson a pris son envol lorsqu’il a remporté, avec son collègue Geoffrey Massey, le concours de design de l’Université Simon Fraser. C’était en 1963. On a retrouvé dans les archives de l’université une note d’Erickson décrivant pourquoi la situation géographique sur la montagne l’a motivé à rejeter l’idée d’édifices à plusieurs étages au profit d’un design horizontal avec des contours en harmonie avec le paysage. « Erickson a puisé son inspiration dans l’Acropole, à Athènes, et dans les collines de l’Italie, des endroits où la montagne est incorporée au design. »
Le Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver, en Colombie-Britannique
Erickson a conçu le plus grand musée d’enseignement au Canada selon la méthode traditionnelle de construction à poteaux et à poutres que l’on retrouve au nord de la côte Nord-Ouest. Imaginez des parois de verre qui s’élancent dans le ciel et offrent une vue sur les montagnes et l’océan. Le grand hall qui abrite d’imposants mâts totémiques des Premières nations est spectaculaire. La phénoménale sculpture de Bill Reid intitulée « Le corbeau et les premiers hommes » est installée dans la rotonde du musée.
L’édifice Waterfall à Vancouver, en Colombie-Britannique
Si vous êtes de ces enthousiastes de l’architecture qui traverserait Barcelone en taxi pour voir chacune des œuvres architecturales publiques et privées d’Antoni Gaudi, il vous faut faire un détour pour aller admirer l’édifice Waterfall. Ses cinq bâtiments reliés sont construits autour d’un atrium où se trouve en son centre un « gastrodôme » de verre (une structure de verre en forme de pyramide). Selon Boake, « avec ses escaliers d’acier extérieurs en colimaçon, sa galerie d’art vitrée et sa chute d’eau, l’édifice Waterfall est à l’image du côté plus espiègle de la personnalité de l’architecte ».
L’Université de Lethbridge à Lethbridge, en Alberta
Avec ses lignes horizontales de béton qui s’étendent au-dessus des coulées de la rivière Oldman, le design d’University Hall évoque le pont en contre-haut de Lethbridge, explique Boake. Un extrait des plans d’Erickson et de Massey en 1969 décrit comment les architectes se sont inspirés du paysage rural du sud de l’Alberta pour concevoir cette université. « Le dessin des nuages, des champs labourés et des coulées de la rivière est porteur de sens... Comme le paysage des prairies qui est réduit à l’essentiel, les édifices doivent être élémentaires. »
Le Centre du patrimoine de la GRC à Regina, en Saskatchewan
inaugurée en 2007, cette construction de pierre, de verre et de béton qui s’élance vers le ciel est caractéristique de l’œuvre d’Erickson. On qualifie le Centre du patrimoine de la GRC d’impressionnant. À l’intérieur, des expositions animées, des présentations multimédias, des visites guidées et une programmation racontent l’histoire haute en couleur de la célèbre Gendarmerie royale du Canada.
Le Roy Thomson Hall à Toronto, en Ontario
Le Roy Thomson Hall est un superbe point de convergence dans le quartier des spectacles de Toronto. Selon Boake, la verrière recouverte de losanges d’acier au-dessus de la salle de concert circulaire fait d’un concert de jazz ou de musique classique une expérience extraordinaire.
L’Institut et le Centre des congrès Kingbridge à King City, en Ontario
Sur un site champêtre de 46 hectares le long de la rivière East Humber, ces impressionnantes installations attirent les grands congrès internationaux avec une superficie de 18 581 mètres carrés, un auditorium de 310 places et une salle à manger pouvant accueillir 200 personnes.
Le grand maître de l’architecture a dit un jour : « Il faut voir un édifice pour le comprendre. Ni les photographies, ni un film ne peuvent rendre cette expérience. »
Consultez la liste complète des œuvres architecturales d’Arthur Erickson sur le site www.arthurerickson.com.