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Cowichan Bay : éloge de la lenteur!

Cowichan Bay, dans l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, est la première ville en Amérique à entrer dans le giron fort tendance du réseau international de villes Cittaslow.

Par  Susan Musgrave

L’automne dernier, une amie d’Ottawa, en Ontario , m’accusait de l’avoir invitée dans l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique, dans le but de l’enfermer dans une bulle, hors du temps. Le fait que les insulaires tenaient à ce qu’elle retire chaussures et montre a eu l’heur de la déstabiliser. Ici, mañana ne fait pas partie du vocabulaire aucun mot ne saurait traduire une telle urgence!
« De nos jours, tout le monde veut apprendre à ralentir… très rapidement, » plaisante le journaliste Carl Honoré – d’origine écossaise, mais élevé au Canada – qui en a long à dire (il a même écrit un livre sur le sujet) sur le marathon effréné de la vie moderne.
Je tenais à aider ma copine à mettre la pédale douce aussi vite que possible en l’entraînant dans une balade peinarde direction nord, depuis Victoria, par-delà la région de Malahat, sur un chapelet de petites routes de campagne s’insinuant dans une terre piquée de vignobles et d'établissements vinicoles jusqu’à Cowichan Bay, partie intégrante des « îles vinicoles » britanno-colombiennes. Cowichan Bay, qui signifie « contrée chaude » ou « terre réchauffée par le soleil » en langue hul’q’umi’num’, devint colonie européenne dans les années 1850, lorsque la Compagnie de la Baie d'Hudson y établit un fort.
Cowichan Bay vient tout juste d’être désignée collectivité cittaslow d'Amérique du Nord. Cittaslow (città pour ville, en italien, et slow comme dans lenteur, Slow Food ou écogastronomie) est un réseau international de villes – dont le logo représente un escargot – vouées d’abord et avant tout à la qualité de vie, à la préservation des valeurs traditionnelles et au caractère unique de chacune.
N’importe qui ayant adhéré à la philosophie du mouvement Slow, implantée depuis des décennies en Italie, sait fort bien qu’il ne s’agit pas ici d’un simple outil de marketing, mais d’un système qui propose une nouvelle façon d’aménager nos villes et notre quotidien.
Le paisible petit village de pêcheurs a mis de nombreuses années pour accéder au statut officiel de Cittaslow. Mara Jernigan, propriétaire de la ferme biologique Fairburn (également école de cuisine et auberge), installée dans la vallée Cowichan, ne voulait pas que sa ville natale devienne « une collectivité découpée à l’emporte-pièce, copie conforme de n’importe quel autre village du globe. » Mara Jernigan, chef renommée et militante du slow-food, a fondé Feast of Fields, célébration annuelle des produits régionaux. Son plus récent dada? Dresser une liste de produits du terroir canadien à soumettre au projet Arche du goût, dont l’objectif est de redécouvrir, cataloguer et protéger les aliments oubliés de la planète.
Mara Jernigan savait fort bien que progrès et développement économique ne feraient qu’une bouchée de l’histoire et du charme de cette région unique. C’est ainsi qu’elle a décidé, de concert avec une poignée d’autres passionnés, de commanditer une carte des produits régionaux, tant indigènes que cultivés, du bétail de montagne aux soixante variétés de champignons en passant par les herbes, les noisettes, les raisins, les bleuets, les asperges, les moutons gallois, les buffles des rivières, les émeus et les alpagas.
Le groupe a recruté Briony Penn, professeur en études environnementales à l’Université de Victoria, qui sait dessiner des cartes des caractéristiques régionales avec grand art. Selon Mara Jernigan, « si on veut qu’une carte soit représentative, elle doit dépeindre l’environnement, pas que les frontières. »
« Ce type de carte, différent, permet aux gens de repérer le lieu où les hérons pondent et couvent leurs œufs, par exemple ».
La carte finale des aliments de Cowichan Bay, première étape en vue d’obtenir la désignation Cittaslow, est aujourd’hui affichée chez True Grain Bread, boulangerie plantée au cœur de la ville. On peut s’y procurer des exemplaires à tirage limité, autographiés par Briony Penn.
Mon amie jette un coup d’œil à sa montre tandis que nous stationnons, geste parfaitement inutile puisque mon estomac a déjà sonné l’heure du repas du midi et que j’ai choisi le lieu où nous mangerons : chez Hilary’s (si vous naviguez dans leur site, de grâce, soyez patient : il est… lent!), à côté de la boulangerie. Les deux commerces nous plongent dans l’atmosphère du roman de John Steinbeck, Rue de la sardine; on s’y sent chez soi, même chaussé de bottes de caoutchouc (ce qui me convient tout à fait).
Je ne me suis jamais arrêtée à Cowichan Bay sans acheter un assortiment de fromages artisanaux chez Hilary’s : brie de chèvre, camembert, tomme à croûte brossée et autres cheddars en grains. (Ici aussi, on peut se procurer des cartes autographiées par Briony Penn.) Prochain arrêt? La boulangerie pour prendre une baguette et une miche de pain bio fait à partir du rarissime blé patrimonial Red Fife. En jetant un œil par la fenêtre arrière, on peut voir les artisans moudre la farine.
Nous sirotons notre café à l’extérieur, puis nous nous lançons dans un mini safari photo en passant devant la boutique de vêtements écolos, la poterie, les échoppes de babioles, avant de nous arrêter chez Udder Guy’s, un bar laitier à l’ancienne aux glaces plus exquises que celles d’Haagen-Dazs. Mon amie fixe sur sa carte mémoire les maisons flottantes alignées le long des quais, un phoque commun, le nez au vent dans la brise saturée d’embruns, ainsi qu’un héron bleu en équilibre sur une jambe dans les eaux peu profondes, véritable estampe japonaise à plumes, puis range son appareil photo. Je sentais que ces quelques heures passées à savourer le moment présent avaient suffi pour qu’elle commence à se demander ce que cette course contre la montre lui avait fait rater, quels plaisirs simples et délicieux lui avait-elle fait oublier de déguster… lentement.
www.hellobc.com
Colombie-Britannique

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