Cinq minutes. Voilà combien de temps dure le montage des séquences de l’Arctique canadien dans Oceans, éblouissant documentaire que Disneynature a produit aux quatre coins de la planète. Son lancement a eu lieu le 22 avril 2010, marquant du coup la journée de la Terre. Les scènes de l’Arctique sont parmi les moments les plus grandioses du film. Elles montrent le Canada comme jamais auparavant. Ou peut-être confirment-elles certains stéréotypes : le Nord canadien est simplement magique. Même les mammifères marins qui y vivent sont super gentils.
Nombreuses sont les personnes qui parlent encore de la scène des morses : une maman apprend à son petit à nager dans l’eau arctique recouverte de croûtes de glace. Elle l’aide gentiment à flotter en l’entourant doucement de ses énormes pattes palmées. On oublie alors que cette carnivore de deux tonnes pourrait facilement avaler le caméraman en deux bouchées. Pourtant, seul l’amour maternel transperce l'écran.
« Les morses ne sont généralement pas agressifs envers les humains, mais les mères ont tendance à se montrer protectrices en présence de leurs petits. C’était donc exceptionnel d’en trouver une, en eau claire, qui exerçait son petit aussi naturellement devant nous. »
Graham Dickson en a beaucoup à raconter. Fondateur de la société canadienne de voyages et d’expéditions Arctic Kingdom Marine Expeditions établie à Toronto, en Ontario , sa participation s’est limitée exclusivement à l’organisation du tournage dans l’Arctique. Les scènes ont été filmées dans le territoire canadien du Nunavut , tout près de l’île Cobourg, à mi-chemin entre la rive sud de l’île d’Ellesmere et la rive nord de l’île Devon. L’équipe de tournage y a passé un mois, parmi les blocs de glace qui se détachaient des glaciers, à attendre le moment propice pour filmer une seule scène.
Dickson a fondé Arctic Kingdom en 1999 alors qu’il n’était âgé que de 23 ans. (Précoce, dites-vous? Il était maître de plongée à l’école secondaire. À l’Université de la Pennsylvanie, il a fondé un club de plongée et organisait des voyages pour des centaines d’étudiants, et c’est comme ça qu’il a payé ses études dans l’une des plus prestigieuses universités américaines.) Arctic Kingdom a travaillé avec divers groupes, dont le National Geographic, Outdoor Life, les radiodiffuseurs nationaux du Royaume-Uni, d’Allemagne, de Corée, d’Espagne, de France et du Brésil – enfin, avec presque tous les documentaristes pour les aider à filmer « la prise ».
Le secret de sa réussite? En deux mots : ses connaissances de la région. « Pour filmer ces morses, rapporte Dickson, il nous a fallu l’aide de la communauté de Grise Fiord. »
Voyez-vous, Graham Dickson a appris que lorsque l’on filme des animaux sauvages dans les coins les plus éloignés de la planète, on n’est qu’un pauvre type – peu importe le nombre d’expéditions que l’on a organisées. La population locale en sait toujours beaucoup plus que soi. Elle sait, parce que depuis des générations elle observe et absorbe le rythme migratoire des animaux, elle maîtrise le calcul compliqué des changements climatiques et du mouvement des glaces, des dizaines de façons dont elle peut se fendre. Cette population, elle est inuite.
« Plus que tout autre groupe, ce sont les Inuits qui entretiennent les liens les plus étroits avec la faune, souligne Dickson. Près de la moitié des membres des équipes d’Arctic Kingdom sur place proviennent des collectivités inuites de la région. Nous travaillons à la fois avec les jeunes et les aînés qui ne parlent pas un mot d’anglais. Nous représentons une entreprise méridionale qui a passé assez de temps dans le Nord pour connaître certaines façons de faire nordiques. Nous apportons sur le terrain notre sens poussé de la logistique, mais nous restons branchés au réseau des communautés de la région et sur tout ce qui est cher aux Inuits. »
Graham Dickson a fait de la plongée avec tous les grands mammifères marins de l’Arctique, y compris les ours polaires et les baleines boréales. Pour lui, il s’agit de trouver l’animal au bon moment. « Les narvals, les bélugas et les morses sont des êtres aux personnalités uniques. Ils ne se présentent pas aux auditions des agences de casting. »
« Le défi, c’est de trouver des liens significatifs entre les animaux, dit-il. Certains sont trop conscients de notre présence, au point de ne plus être naturels. Parfois, ce qui peut même paraître étonnant, les animaux les plus intimidants sont les sujets les plus zen (exemple, un gros ours polaire à la personnalité dominante, après avoir bien mangé, lorsqu’il se sent maître de l’univers). Dans cet état, les ours semblent presque blasés, poursuit-il. Ils ne s’intéressent absolument pas à nous. Ils ne nous craignent pas. On ne fait tout simplement pas partie de leur chaîne alimentaire. »
Sans l’aide de la population de la région, Arctic Kingdom pourrait faire venir une Lana Turner pour y filmer une publicité de Schwab. Et peut-être même qu’un caméraman pourrait se rapprocher d’un ours durant le tournage. Mais pour vraiment réussir, la population locale est essentielle. Voilà ce qu’a à offrir le Nord aux gens du Sud.
En échange, Arctic Kingdom offre aux gens de la région de bons emplois. Et c’est ce qui rend Graham Dickson le plus fier. Non seulement des emplois qui paient bien, mais de bons emplois.
« Ce type d’emploi est en harmonie avec les connaissances et les valeurs traditionnelles inuites, raconte Dickson. Ces emplois donnent l’occasion de passer plus de temps sur le terrain. Et je sais d’expérience que de mettre en contact ces employés de la région avec l’industrie du tourisme ou du film, leur donne de l’espoir en l’avenir. Dans ces collectivités, nous bâtissons ensemble quelque chose qui n’existait pas encore. »
www.nunavuttourism.com/fr-ca
Vidéos
Ours polaires dans l’Arctique
Écosystème de lichens arctique