L’hôtel que vous avez choisi se trouve peut-être au cœur de notre village. De notre village gai. Peu importe si vous êtes homo ou hétéro, homme ou femme, vous êtes les bienvenus. Toutefois, impossible de promettre de ne pas flirter avec vous. Ou avec votre mari!
Premier conseil : si un travelo, dans Davie Street, à Vancouver, en Colombie-Britannique, vous fait les yeux doux, renvoyez-lui la pareille. Même chose avec cet homme sexy, tout de cuir vêtu, dans Church Street, à Toronto, en Ontario. C’est parfaitement inoffensif. Dans la rue Sainte-Catherine Est, à Montréal, n’hésitez pas à accepter le cocktail offert par ce Québécois qui vous drague, et laissez-vous emporter par la joie de vivre légendaire de cette province aux accents français.
Tout cela pourrait vous arriver. Pas étonnant : les trois villes canadiennes les plus importantes abritent toutes des villages gais*. Trouver un gîte au cœur de ces enclaves animées est certes plus amusant que de réserver une chambre dans un hôtel planté en plein quartier des affaires. Après tout, le monde gai s’allume lorsque le quartier des affaires s’éteint. Au Canada, les villages gais sont pétris de bons restaurants, de bars et de clubs amusants, de boutiques et d’hôtels uniques – sans compter les chaînes hôtelières de marque. Chaque village possède, bien sûr, son propre style.
Le quartier gai de Toronto est communément appelé Church Street Village. Sa partie animée se déploie du nord au sud, le long de la rue Church, entre les rues Bloor et Gerrard. On dit que tout le monde cache un secret. Eh bien sachez que que sous son beau poli, Toronto masque une des scènes cuir les plus torrides du monde gai. Le bar Black Eagle en est le quartier général et exige souvent un code vestimentaire à l’avenant. Mais ne laissez pas ces hommes à l’allure de durs à cuire vous intimider! Plusieurs désirent davantage échanger des recettes de gâteau que de vous donner la fessée! Tout au long de l’année, les adeptes du cuir se réunissent autour de plusieurs manifestations, dont le concours Mr. Leather et les Fetish Nights, organisées par Northbound Leather. Point d’inquiétude : ils ne sortiront pas le fouet… À moins que vous n’insistiez!
Si des segments de Church Street vous semblent familiers, c’est certainement que vous les avez vus dans la télésérie américaine Queer as Folk. Par exemple, on voyait souvent passer le célèbre rhinocéros ornant l’auvent du bar Woody’s, lieu au demeurant ultra sympa dont les places, côté fenêtres, offrent le meilleur point de vue sur Church Street. Au 5 à 7, c’est l’endroit idéal pour observer les Torontois flânant sur le chemin du retour à la maison. On y tient régulièrement des campagnes de collecte de fonds et des réunions où vous rencontrerez peut-être des joueurs de hockey gais ou des comédiens entonnant leurs chansons préférées dans le but de recueillir des dons pour des œuvres caritatives.
En ratissant le village, faites une génuflexion devant la statue d’Alexander “Molly” Wood, située à l’intersection des rues Church et Alexander. Cet homme a survécu à l’un des premiers scandales sexuels répertoriés du Canada et fut déclaré citoyen émérite après sa mort. Le village gai de Toronto est également un pionnier au chapitre du théâtre. Le Buddies in Bad Times Theatre présente des productions avant-gardistes, axées sur la « promotion de la culture homosexuelle canadienne ».
Le paysage fabuleux de Vancouver livre une sérieuse compétition au Davie Street Village. Ainsi, chaque année, le 12 juillet, le drapeau arc-en-ciel flotte au-dessus de la plage de la Baie English, lieu le plus touristique de la ville. Mais une fois le soleil couché, la zone commerciale gaie de Davie Village, située juste en haut de la colline, commence à s’animer.
Davie Village se trouve au cœur du West End, un des quartiers les plus densément peuplés d’Amérique du Nord. Résultat? Un grand nombre de gais vivent dans la zone où s’élèvent une multitude de tours à appartements et condos.
Les homosexuels de Vancouver savent que leur « village » se déploie à l’extérieur des frontières des bars et des clubs. Pour comprendre l’âme gaie, faites une promenade le long du Seawall par un après-midi ensoleillé ou en soirée. Vous apercevrez des grappes de gais et de lesbiennes se prélassant dans l’herbe ou filant le long des pistes de patins à roues alignées. Il faut savoir que les homosexuels de Vancouver sont reconnus pour leur bonne forme physique! Chemin faisant, vous remarquerez le Vancouver AIDS Memorial, un ruban de panneaux d’acier sur lesquels sont gravés noms et poèmes.
Malgré leurs abdominaux et leurs biceps d’acier, les homosexuels de Vancouver savent se nourrir. Le Fountainhead Pub, résolument sympathique aux hétéros, jouit d’une belle terrasse et est idéal pour la drague du vendredi soir… Car c’est bien pour cela que vous y allez, non? Si vous aimez la gastronomie grecque, suivez les gens du quartier qui évitent les files de touristes postées devant le Stepho’s Souvlaki Greek Taverna et poussent plutôt la porte de la Takis Taverna, à quelques pas de là. Les amateurs de spectacles de travestis voudront assister à ceux du Majestic, qui se poursuivent parfois jusque dans la rue et arrêtent parfois littéralement la circulation!
À l’autre extrémité du pays, Montréal est si sympathique aux gais que la ville entière pourrait être qualifiée de grand village. Du festival Black & Blue aux premiers Outgames mondiaux de 2006, les manifestations d’envergure y ont cours.
Montréal abrite toutefois également un village, dans la rue Sainte-Catherine Est, entre Saint-Hubert et Papineau. Les Québécois sont de nature chaleureuse, ce qui en fait un endroit idéal pour draguer. Sans compter qu’à l’été 2008 (du 17 juin au 3 septembre), Montréal transformera la rue Sainte-Catherine Est – et du coup, tout le village – en zone piétonne.
En flânant dans le village, levez la tête histoire d’admirer de véritables chefs-d’œuvre d’art public : des personnages en trois dimensions suspendus au-dessus de certains commerces. Ne ratez pas la fabuleuse diva qui sert d’enseigne au Cabaret Mado, ou les visages qui jaillissent du café Kilo. Le village est également reconnu pour le décor arc-en-ciel de sa station de métro Beaudry.
Montréal est unique à plus d’un titre. Toronto abrite un club de strip-tease gai, le Remington’s; Vancouver n’en a aucun; Montréal en a trois! Adonis, Campus et Stock présentent des spectacles de beaux gars en tenue d’Adam. Donnez un pourboire aux danseurs, ils flirteront volontiers avec vous. Pour passer une belle soirée – un peu moins forte en émotions – Sky est un autre bar fort populaire. Échange de regards au rez-de-chaussée; danse au premier.
*Le volet spectacle des villages gais du Canada est davantage axé sur les hommes. À Toronto, on trouve quelques bars pour lesbiennes dont le Crews & Tango, 508-510 Church St.,
416-972-1662, www.crews-tango.com.