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Les parcs nationaux du Canada : souvenirs secrets et lieux sacrés

Nos précieux espaces sauvages sont si nombreux que si vous voulez tous les voir, il vaudrait mieux commencer dès maintenant.

Par  Mark Stevens

31 janvier. Tôt le matin. Je marche dans une clairière du parc national Banff, en Alberta. En été, on y trouve un camping. Aujourd’hui, j’y suis seul. Perché sur la paroi d’une vallée un peu à l’est, je contemple un paysage qui ferait pleurer les plus stoïques. Un coyote curieux s’approche par-derrière, remue la queue, disparaît. À ma gauche, des caribous cherchent de la nourriture dans la neige. Ça devient pour moi un souvenir secret d’un bout de pays qui m’appartient.
James B. Harkin, le premier commissaire de l’Agence Parcs Canada (qui portait alors le nom de Division des parcs du Dominion), disait à propos des parcs nationaux que « chaque citoyen du Canada est propriétaire d’une part ». Pour les visiteurs, comme le suggère le titre d’un célèbre documentaire du Canadian Geographic, il s’agit de « lieux sacrés ».
Les parcs du Canada sont assez grands et assez nombreux pour être les deux : à la fois souvenirs secrets et lieux sacrés, autant de chefs‑d’œuvre dans une galerie sans pareille. Bienvenue à ce tour d’horizon.
Vieux et jeune
Vous êtes suspendu au sommet d’une piste de ski d’experts, l’adrénaline fait battre vos tempes. Vous vous lancez, plongeant sous l’effet de la gravité. Bienvenue au parc national Banff, en Alberta, la plus vieille et la plus célèbre réserve du Canada, inaugurée en 1885. Baignez-vous dans une source thermale surplombant un village photogénique. Promenez‑vous le long des berges de deux lacs emblématiques du Canada : le lac Louise au reflet turquoise et le lac Moraine, dont le paysage figurait jadis sur les billets de vingt dollars canadiens. Banff est le patriarche de nos parcs.
Puis, vient le nouveau-né, le parc national Sirmilik, au Nunavut, inauguré en 2001. Mais il ne faut surtout pas le sous-estimer. Avant de commencer votre voyage, vous devez d’abord prendre la voie des airs jusqu’à Iqaluit, à 2 342 km au nord du centre-ville de Toronto. Pendant une bonne partie de l’année, le parc est inaccessible, tandis qu’à d’autres moments, on recommande fortement de se munir de dispositifs pour dissuader les ours polaires. Le voyage jusqu’ici vaut le détour, car vous verrez de près un bout de pays qui vous appartient aussi : le Nord.
Petit et grand
Dans le fleuve Saint‑Laurent, l’une des plus grandes voies navigables de l’Amérique du Nord et la porte d’entrée de l’Est du Canada, se trouve le parc national du Canada des Îles-du-Saint-Laurent. D’une dimension de 9 km2 et situé au milieu d’une des régions de villégiature estivale les plus courues de l’Ontario, les Mille-Îles, c’est le plus petit des parcs nationaux. S’étendant sur 21 îles dans un archipel qui en compte presque 2 000, le parc n’est accessible que par bateau. Mais une fois arrivé, vous trouverez des oasis de pins et de granite, et au loin, vous apercevrez de grands navires qui empruntent la voie navigable internationale voisine pour se rendre à l’océan.
Il en faut plus pour vous impressionner? Allez faire un tour au parc national Wood Buffalo, qui chevauche la frontière de l’Alberta et des Territoires du Nord‑Ouest. D’une superficie de 44 800 km2, il accueille l’un des plus grands troupeaux de bison des bois en liberté au monde. Wood Buffalo est également un site du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Petit et grand (le retour)
Vraiment, cette visite des parcs est affaire de superlatifs. Pour preuve? Il ne faut que comparer le parc national et la réserve de parc national Kluane, au Yukon, et le parc national du Mont-Riding, au Manitoba. Le mont Riding, qui est situé dans la partie la plus élevée de l’Escarpement du Manitoba, abrite cinq terrains de camping. Imaginez des chansons devant un feu de camp, à proximité de l’eau limpide du lac Clear, la fumée s’élevant au crépuscule au-dessus de la forêt boréale, les épinettes blanches, les trembles, les bouleaux et les chênes protégeant votre tente. Wasagaming est un des plus charmants villages de villégiature au pays. C’est ici que viennent les résidents de Winnipeg pour communier avec la nature.
Cela dit, si vous souhaitez vraiment communier avec la nature, rendez-vous dans le parc national et la réserve de parc national Kluane. Attention, cœurs fragiles s’abstenir. Au cœur du parc Kluane s’élève la plus haute montagne du Canada, le mont Logan, d’une hauteur de 5 959 m. Si vous avez l’esprit d’aventure, vous adorerez cet endroit. Le rafting sur la rivière Alsek est une activité courue, et les pourvoyeurs offrent des excursions de près de deux semaines. Le parc est aussi un incontournable pour les randonneurs aguerris, mais attention, il abrite la plus grande population stable de grizzlis. De plus, Kluane est connu de par le monde pour l’alpinisme qu’on peut y pratiquer; vous pouvez même escalader des glaciers pour atteindre les plus grands champs de glace non polaires du monde. Vous n’êtes pas aussi intrépide? Essayez la pêche… après tout, Kluane signifie « endroit aux nombreux poissons ».
                                  
Du sud au nord
De la Californie, prenez la route de l’est. Continuez jusqu’à ce que vous atteigniez le parc national de la Pointe-Pelée, en Ontario, une flèche qui s’avance vers le sud dans le lac Érié, au point le plus méridional du Canada. Vous pourriez être surpris : en juillet, on dirait les Caraïbes… et un endroit qui vacille entre terre et eau. En effet, cet endroit est reconnu pour ses grands marais sillonnés de trottoirs de bois. En outre, il est situé au carrefour de deux grandes voies migratoires – un vrai paradis pour les ornithologues amateurs – et constitue un arrêt sur la route de migration des monarques.
Trop chaud pour vous? Visitez le parc national du Canada Quttinirpaaq, au Nunavut. Situé sur l’île d’Ellesmere, à environ 800 km au sud du pôle Nord, ce parc comprend d’immenses champs de glace et des centaines de glaciers. Il n’y a pas d’arbres, et pendant l’été… pas de nuit non plus.
La Pointe-Pelée est plus accessible : elle n’est qu’à quatre heures de route de Toronto. Mais pour vous rendre à Quttinirpaaq, dont le nom signifie « sommet du monde » en inuktitut, il vous faudra monter à bord d’un avion. L’aller-retour à partir d’Ottawa coûte environ 5 500 $.
Sage et sauvage
Si vous avez de la difficulté à prononcer Quttinirpaaq et que le prix du voyage vous semble prohibitif, traversez le pont qui mène à l’Île-du-Prince-Édouard. Cette île charmante recèle plusieurs joyaux : le parc national de l’Île-du-Prince-Édouard et ses dunes ondoyantes, ses plages assoupies et son héroïne canadienne : Anne… la maison aux pignons verts. Profitez de votre séjour sur l’île pour visiter Charlottetown. C’est là où le Canada a vu le jour, le lieu de naissance de la Confédération. Une destination idéale pour toute la famille.
Vous avez besoin de plus d’action? Que pensez-vous de la réserve de parc national Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest? De l’aventure pure, des rivières turbulentes et des canyons profonds… le séjour parfait pour tous ceux qui carburent à l’adrénaline. Nahanni mérite bien sa réputation d’un des plus beaux parcs de rivières sauvages (ce fut l’un des premiers sites du patrimoine mondial de l’UNESCO). Il abrite des sources thermales naturelles et la chute Virginia, deux fois plus haute que celle de Niagara. Mais l’important ici, c’est la nature… et l’eau.
L’eau et le bois
L’eau et le bois sont aussi des éléments qui permettent de découvrir les parcs du Québec. Ce n’est pas étonnant : après tout, le Canada se comprend à travers ses ressources et ses éléments naturels. Voyez la réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan : 30 îles de calcaire et 1 000 îlots dispersés comme des joyaux dans le golfe du Saint-Laurent, situés au nord‑est de certains de paysages les plus spectaculaires au pays, des fjords du Saguenay aux baleines de Tadoussac, en passant par les formations de grès et de calcaire sculptées par le vent et l’eau qui ressemblent drôlement à des œuvres surréalistes.
Le Québec est aussi gagnant dans la catégorie du bois. Dans le parc national de la Mauricie, les forêts de feuillus du sud du Québec rencontrent les forêts boréales du Nord. Le parc, qui abrite une trentaine d’essences d’arbres, est parcouru de collines, de vallées et d’une multitude de lacs. On peut y faire du camping et de la randonnée pédestre, mais la meilleure façon de le visiter est en canot. Venez vous plonger dans la nature et goûter à la culture de la région… après tout, une grande partie ce pays a été façonné à coups de pagaies. Situé dans les Laurentides, le parc national de la Mauricie offre de magnifiques paysages du Bouclier canadien et se trouve à mi-chemin entre Québec et Montréal (à environ 200 km de ces deux villes).
Mouillé et sec
Si le Québec est source de plaisirs aquatiques, il n’est pas pour autant le seul endroit où se tremper les pieds. On dirait bien que le parc national Fundy, au Nouveau‑Brunswick, partage certaines des caractéristiques de la Pointe-Pelée. Vous verrez ici les marées les plus fortes au monde (une hauteur de quatre étages entre marée basse et marée haute), preuve fascinante de la puissance de la mer… et de la lune.
Toujours au Nouveau‑Brunswick, on trouve le parc national Kouchibouguac, une mosaïque de marais salés, de tourbières et de rivières à marées. Vous pouvez aussi emprunter la piste Cabot, située dans le parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, et emprunter une route en lacet surplombant un panorama maritime qui n’a rien à envier à la route côtière de Big Sur, en Californie.
Le parc marin national Fathom Five, en Ontario, est situé entièrement sous l’eau. Ses eaux cristallines et ses nombreuses épaves à explorer en font une destination sans égale pour la plongée.
Si vous préférez rester bien au sec, rendez-vous au parc national des Prairies, en Saskatchewan. Vous pourrez y visiter une colonie de chiens de prairie et vous prélasser sur l’herbe comme le fit jadis Sitting Bull, qui avait trouvé refuge ici après la bataille de Little Bighorn.
D’un océan à l’autre
Empruntez la voie marine pour vous rendre au parc national du Gros-Morne, à Terre-Neuve-et-Labrador, et contemplez l’origine du monde. Ou alors, empruntez la voie terrestre et grimpez jusqu’à un vaste plateau pour voir de haut de véritables fjords, dignes de la Norvège.
À plus de 7 242 km de la côte Est, la réserve de parc national Pacific Rim, en Colombie-Britannique, s’étend le long de la côte sud-ouest de l’île de Vancouver. Elle compte une plage de sable blanc de près de 11 km bordée par l’océan Pacifique et une myriade d’écosystèmes, dont des bâches et des forêts pluviales. Essayez le difficile sentier de la côte Ouest (limite de 8 000 visiteurs par an), une randonnée qui peut prendre jusqu’à sept jours. On y trouve les derniers kilomètres de ce réseau de parcs dont la superficie totale, environ 302 300 km2, équivaut à peu près à celle de l’Italie.
C’est le dernier arrêt de ce voyage qui vous amène, comme le chemin de fer qui a inspiré à la fois ce pays et ce vaste ensemble de parcs, d’un océan aux deux autres.
Pour en savoir plus sur les parcs nationaux du Canada
Pour une vue d’ensemble du réseau des parcs nationaux canadiens, qui totalise 42 parcs, 167 lieux historiques nationaux et trois aires marines nationales de conservation, consultez www.parcscanada.gc.ca. Vous y trouverez toute l’information nécessaire sur les divers parcs… et plus encore.
Vidéos
Réserve Nahanni
http://www.youtube.com/watch?v=9Z1-LLZmrsY
Parc national du Canada du Mont-Riding
http://www.youtube.com/watch?v=E98mYhtcILM
Parc national du Gros-Morne
http://www.youtube.com/watch?v=9yxBcaxlM2w

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